Tour d’Europe – 2e étape : UK et Irlande – Sur la route de l’héritage industriel

L’histoire du reportage

La deuxième étape du tour d’Europe, que l’on a entrepris depuis 2022, s’est déroulée au Royaume-Uni et en Irlande. Notre idée principale étant d’y documenter l’héritage de la première révolution industrielle, qui a démarré en Grande-Bretagne, au XVIIIe siècle.

Ce projet de reportage est né alors que nous étions à Glasgow pour la COP26. Après la COP21 et les suivantes, c’était la dernière conférence pour limiter les effets du changement climatique à 1,5 degré par rapport à l’ère préindustrielle à laquelle nous assistions. Il nous avait semblé intéressant de réfléchir à un sujet qui s’intéresserait au début de cette nouvelle ère, laquelle est appelée de nos jours anthropocène par certains.

Durant la première étape du tour, en Espagne et au Portugal (où nous avions documenté la sécheresse historique), on se rappelle avoir eu des échanges avec quelques sujets britanniques, soit des plaisanciers, soit des personnes qui avaient élu domicile dans la péninsule ibérique. Ils avaient montré beaucoup de curiosité sur ce que l’on pourrait aller documenter outre-Manche.  

Seul un couple de retraités s’était montré moins encourageant :

– Vous dites que vous voulez faire le Tour d’Europe, mais ne savez-vous pas, jeune homme, que nous n’en faisons plus partie depuis le Brexit ?

– Ben vous savez, nous, on en reste à ce que l’on a appris à l’école. Et sur une carte, le Royaume-Uni n’a pas changé de place que l’on sache.  

C’est le 23 mai 2024 que nous avons quitté nos pénates pour prendre la direction du nord, avec en vue Calais et ses ferries.

Nous avons plutôt bien roulé jusqu’à ce qu’on atteigne la région champenoise. Dans la soirée du 9 juin, nous étions tout près d’Épernay lorsque les résultats des élections européennes sont tombés. Et nous apprenions aussi que, dans la foulée, Emmanuel Macron prenait tout le monde de court en annonçant la dissolution anticipée de l’Assemblée nationale avec de nouvelles élections législatives pour le 30 juin et le 7 juillet ; ce qui chamboula nos plans.

Voici un extrait du post de blog que nous avions alors mis en ligne :

« Pour ceux qui nous suivent attentivement, vous savez que, depuis 2012, nous avons entamé un travail au long cours sur les élections en France centré sur l’extrême droite.

Alors que faire ? S’en tenir au plan prévu et embarquer sur un bateau à Calais autour du 15 juin ? Ou bien temporiser afin de poursuivre la série entamée, il y a plus d’une décennie ? On a passé bien 48 heures dans la stupéfaction, l’inquiétude, l’énervement (on vous passe les considérations politiques) et dans la démobilisation. Finalement, on a décidé de patienter en France, au moins jusqu’au 30 juin, pour poursuivre le travail en cours…

C’est pourquoi nous nous sommes déroutés à l’est, afin d’aller dans les Ardennes, avant de remonter tranquillement dans le Nord-Pas-de-Calais, parcourant ainsi des territoires anciennement sidérurgiques et miniers où le FN-RN est bien implanté depuis longtemps.

Précisons aussi que Charleville-Mézières est souvent citée quand on parle de « diagonale du vide ou de faible densité » (cf un des posts précédents).

Espérons que les au moins 15 jours « perdus » pour le projet UK ne nous seront pas trop dommageables, surtout à la fin en novembre quand le froid sera peut-être de retour.

Mais pour l’instant, demain (samedi 15 juin), nous serons à Metz. Dans tout le pays, ce week-end, des mobilisations contre l’extrême droite sont organisées par des syndicats notamment et nous en photographierons une là. »

Une fois le deuxième tour des élections législatives passé, le 9 juillet, nous avons enfin embarqué sur un ferry, de Calais en direction de Douvres.

« À la descente du ferry à Douvres, nous avions deux choix : commencer notre boucle au Royaume-Uni en partant à l’ouest (vers les Cornouailles) ou plutôt partir vers la côte Est. Le vent frais et violent qui soufflait alors nous a encouragés à choisir la deuxième option. Pour nos débuts ici, mieux valait l’avoir dans le dos et se laisser porter.

En dehors du climat, nous éprouvons encore quelques difficultés sur 2 points (bien que nous fassions des progrès de jour en jour) : premièrement, la conduite à gauche et surtout l’étroitesse des routes fait que bien souvent nous roulons sur les trottoirs quand nous ne trouvons pas des routes plus spécifiques pour les vélos.

Le second point concerne notre petite lutte, le soir venu, pour trouver une place pour notre tente. On est obligés de s’y reprendre à plusieurs fois, car, très poliment, les gens nous envoient souvent voir un peu plus loin, ou aux campings et autres Bed and Breakfast ou cottages qui, bien sûr, sont pour nous hors budget ». (extrait de post du 2024-07-14).

Il nous a fallu un peu de temps pour nous acclimater, mais on va dire qu’une fois passé Londres, c’était fait. D’abord, car l’accueil s’est beaucoup amélioré une fois sortis des environs de la capitale et puis aussi, car au bord d’un périphérique à l’entrée de Londres, nous avons fait la rencontre de Gary.

« Concernant le problème de routes étroites et les difficultés de navigation, Gary a largement contribué à régler la question. Nous l’avons rencontré lorsque nous essayions de rentrer dans Londres et que, une fois de plus, nous avions perdu le repère du petit panneau bleu blanc rouge de la voie cyclable : NCN 1 (National Cycle Network).

Dans le fracas du bruit de l’autoroute que nous longions, en le suivant, nous lui avons expliqué notre situation : le téléphone portable qui ne nous donne que les trajets pour voitures, « google map » qui ne fonctionne pas sans être connecté (donc vide la batterie)et la signalétique des panneaux cyclables qui nécessite une véritable chasse au trésor.

Arrivés dans une zone plus civilisée, Gary nous a demandé si on pouvait lui donner dix minutes. Il nous a raconté que c’était une de ses premières sorties à vélo depuis un accident au cours duquel une voiture l’avait projeté sur celle de devant (avons-nous cru comprendre). Nez cassé, cicatrices sur le visage et traumatismes corporels, il était content de rouler à nouveau.

Il nous a proposé d’aller chercher chez lui le double (qu’il avait réparé) de l’appareil qu’il avait sur son vélo : un GPS (guidage par satellite), de la marque Garmin, uniquement pour les trajets à vélo. D’où les dix minutes d’attente que nous avons passé à admirer la belle demeure (de style élisabéthain nous a-t-il dit) devant laquelle il nous avait laissés.

Une fois de retour, il nous montra les rudiments de son fonctionnement (ce truc peut calculer entre diverses choses ta dépense en calories par exemple) en programmant dessus notre destination : un camping hors de prix (mais qu’on nous avait vendu comme « à environ 20 euros la nuit », à une douzaine de kilomètres seulement du célèbre musée Tate Modern, au cœur de Londres. Merci beaucoup à Gary ! Un vrai cycliste ! » (extrait de post du 2024-08-02)

Pour ce qui est de notre travail de documentation sur l’héritage industriel, nous avons eu un peu peur au début ; car au premier musée où nous nous sommes rendus (celui de Chatham), le prix à l’entrée était prohibitif (35 livres, de mémoire, pour une seule personne, le billet étant valable pour une année complète) et le personnel inflexible ce jour-là.

Heureusement, par la suite, nous n’avons presque plus jamais rencontré ce genre de situation. Et nous tenons, encore une fois, à remercier toutes les personnes qui d’une façon ou d’une autre nous ont permis de faire toutes ces photos dans tous les musées (plus d’une centaine) où nous nous sommes rendus. Par exemple, parmi tant d’autres, nous pouvons évoquer Matthew du Coventry Transport Museum. En plus de nous avoir permis de rentrer gratuitement dans le musée), il a proposé que nous fassions une photo souvenir de nous avec nos vélos, à côté des premières bicyclettes de l’histoire. Bien entendu, cette photo, nous l’avons publiée dans notre blog et elle nous a rendu bien service, quand il fallait convaincre une équipe de musée moins disposée à nous aider.

Au départ, dans nos plans, nous avions prévu de monter bien plus au nord de l’Écosse que nous l’avons finalement fait (pas plus haut qu’Édimbourg et Glasgow). Mais comme nous étions déjà tard dans la saison (les nuits et les jours commençaient à être bien frais) et que l’héritage industriel n’est pas non plus très prégnant là-haut, nous nous sommes épargnés de traverser les grandes étendues de landes que nous aurions pu trouver si nous étions allés jusqu’à John o’Groats, point de départ ou d’arrivée de nombreux cyclotouristes.

C’est seulement au mois d’octobre que nous avons posé nos roues sur les routes irlandaises. Beaucoup de gens nous avaient prédit le pire : « En Irlande et au Pays de Galles, à vélo ! Vous n’êtes pas fous ! Vous n’allez rien voir et prendre des litres et des litres de flotte sur la tête. »

Hormis une tempête de deux jours entre Belfast et Dublin, ce n’est pas ce qui s’est passé, bien au contraire. Dans les montagnes galloises (Snowdonia) le ciel était bleu et les couleurs d’automnes splendides. « Vous avez beaucoup de chance de voir tous ces paysages à leur meilleur ! » C’est seulement une fois descendus des montagnes, à Bristol, que nous avons eu droit à un peu de neige.

La dernière partie du trajet jusqu’à notre retour chez nous dans le sud de la France, à la mi-décembre, se déroula sans encombre. Après avoir photographié la statue de Greta Thunberg à l’université de Winchester, nous avons tracé au plus droit à travers le sud de l’Angleterre et puis en France.

Au final, cela a été 6 mois et demi de voyage et 8 600 km parcourus en tout, sans gros soucis majeurs. Toto a eu une petite contracture à la jambe droite, mais rien de comparable à celle survenue en Andalousie, et surtout pas non plus de vilaine tendinite.

L’idée de choisir de documenter l’héritage industriel et ses paysages a été une bonne pioche. C’était intéressant pour nous et les gens ont répondu très positivement à notre démarche.

Un Grand Merci encore à toutes les personnes croisées sur la route et qui nous ont donné la main !

Le 4 mai 2025, France

Hélène et Thomas