L’Imperial Mill a été construit en 1901 et se dresse entre la rivière Blackwater et le canal joignant Leeds à Liverpool. Cette ancienne filature de coton produisait encore du coton jusque dans les années 1980. Blackburn. Comté de Lancashire, Angleterre. Royaume-Uni – 6 Septembre 2024.
Bonjour,
On s’était dit que, peut-être, avant de mettre en ligne la suite de ce travail de documentation sur la Première Révolution Industrielle au Royaume-Uni et en Irlande, on s’accorderait un peu de repos. Comme le corpus d’images comprend en tout 6 parties, il aurait été plutôt logique de s’accorder une sorte de mi-temps, mais non ! On a toujours à l’esprit les environ 4 000 photographies argentiques de notre Tour de France (2012-2018) qui dorment dans un disque dur, attendant d’être enfin légendées et mises sur le site. Et puis si on pouvait repartir cette année (une fois trié les photos de notre campagne de 2025 le long du Rhin) au printemps et non à l’été, ce serait bien. Alors les vraies vacances, on a finalement décidé de les enjamber gaiement.
Dans cet opus, vous trouverez le tronçon allant d’Anderton à Leeds. Donc toujours des canaux, des moulins-manufactures de textiles ou autres et puis des musées souvent très intéressants sur l’histoire des lieux, de ses habitants, des techniques et du pays. Le reportage est à voir ici.
À Liverpool, près du Merseyside Maritime Museum dans l’Albert Dock, le Musée International de l’Esclavage est dédié à l’histoire de l’esclavage qui a participé au développement de la ville portuaire ; et ses expositions frappantes arrêtaient souvent les visiteurs dans leurs déambulations.
Vous trouverez aussi une autre mention à George Orwell (alias Eric Blair), la dernière que nous ferons, après celles de la première partie (à Londres notamment et à Southwold). Entre Liverpool et Manchester, nous avons trouvé, à Wigan, la bibliothèque où le grand écrivain avait fait des recherches pour préparer, non pas son plus célèbre livre mais, The Road to Wigan Pier (Le Quai de Wigan). Nous l’avions lu avant de démarrer notre enquête/reportage outre-Manche. Il était prévu ensuite, une fois en Écosse, d’aller faire un tour sur l’Île de Jura (pas si loin que ça de Glasgow) où 1984 fut écrit. Seulement le temps nous a manqué alors.
Ah, la radio publique, France Culture propose, depuis la mi-février, une très bonne série de dix épisodes pour se plonger dans le fameux roman dystopique : « À l’heure où l’on se demande si 2 + 2 est encore égal à 4, il est plus que jamais nécessaire de redécouvrir cette œuvre avec un regard neuf, ou plutôt une oreille neuve. Une fiction en son immersif. » À écouter ici. Il y a également un film documentaire (Orwell : 2 + 2 = 5) signé par Raoul Peck qui vient de sortir et qui fait lui aussi résonner les écrits d’Orwell dans le monde d’aujourd’hui. Nous ne l’avons pas encore vu, mais nous avons écouté ici un entretien du grand documentariste haïtien qui nous a donné envie de le voir.
Oui on sait, cela peut-être lassant d’entendre parler de ce célèbre écrivain à tout bout de champ ; on a lu que selon le New york Times : l’adjectif « orwellien » est maintenant plus utilisé que celui de « kafkaïen ». Mais il faut dire que, depuis que nous avons commencé le projet du Tour d’Europe, on le retrouve vraiment un peu partout : autant dans les médias que dans la géographie (en Catalogne ou à Londres, dans une station balnéaire ainsi que dans des villes ouvrières outre-Manche).
Dans l’actualité de cette quinzaine, on pourrait évoquer plus longuement l’annulation des droits de douane aux USA par la Cour suprême, le triste anniversaire des 4 ans de la guerre en Ukraine (ici l’intervention à la radio de la grand reporter Florence Aubenas et de la chercheuse Tatiana Kastouéva-Jean), l’élimination du narco-trafiquant El Mencho au Mexique qui concerne aussi l’Europe, le début de l’attaque militaire massive en Iran qui vient d’être déclenchée par Israël et les États-Unis de Trump (sans accord du Congrès et sans approbation des Nations unies), entraînant la mort de Ali Khamenei et qui pourrait provoquer un embrasement régional, etc.
Cette fois-ci cependant, pour nos amis étrangers francophones qui s’intéressent à la politique hexagonale, on reste en France. Un drame survenu à Lyon vient assombrir encore un peu plus le paysage politique français alors que le pays s’apprête à voter dans deux semaines pour des élections municipales et que des présidentielles sont prévues en 2027. On veut parler de la mort du jeune étudiant de 23 ans, Quentin Deranque, le 12 février dernier. Il était militant nationaliste proche du collectif identitaire d’extrême droite Némésis et ancien membre du mouvement royaliste Action française. Lors d’une rixe, il a été mortellement roué de coups par des militants de la Jeune Garde. Cette dernière est un mouvement antifasciste (qui avait été dissout le 12 juin 2025) proche de la France Insoumise par l’intermédiaire du député LFI Raphaël Arnaud (cofondateur de la Jeune Garde) et de son assistant parlementaire, Jacques-Elie Favrot, mis en garde à vue car présent sur les lieux. Une enquête est en cours pour homicide volontaire et pour déterminer les responsabilités. Cela s’est passé en marge de la conférence (sur le thème des questions européenne et palestinienne) donnée à l’Institut d’études politiques de Lyon par l’eurodéputée LFI Rima Hassan. Il serait trop long de raconter ici le déroulé de ce qui s’ensuivit précisément dans les médias et dans la classe politique, mais vous pouvez trouver beaucoup d’informations sur la page Wikipédia.
Le 21 février, une marche en hommage au jeune homme est organisée à Lyon qui a aussi fait beaucoup parler, du fait de la présence sur place de plus de 3 000 militants d’extrême droite. Le Rassemblement National a demandé à ses élus de ne pas s’y rendre pour des raisons stratégiques et, si des violences un temps redoutées n’ont pas eu lieu, des saluts nazis et des slogans racistes ne sont pas passés inaperçus pour autant.
Vous trouverez ici le billet d’un journaliste qui résume les stratégies actuelles des différentes forces politiques et, en suivant, les trois émissions qui nous ont le plus intéressé pour nourrir notre réflexion en lien avec ces événements.
La première (Au Poste), certes pas courte mais agréable à écouter du fait de l’esprit de conversation qui y règne, fait le point sur 50 ans d’histoire du FN/RN, et sur sa longue liste des numéros 2. Vers la fin de la vidéo, l’historien Nicolas Lebourg explique que : à la polarisation et à la concurrence émotionnelle, dans les années 20-30, et dans tous les pays, c’est toujours l’extrême droite qui gagne. Ce qui, selon lui, devrait en faire réfléchir plus d’un. La deuxième (Lignes de Force), très critique concernant La France Insoumise (LFI) émet à la fin des hypothèses sur la raison du choix stratégique qu’aurait fait Jean-Luc Mélenchon de fracturer la gauche (qui s’était unie, après le premier tour des élections législatives de 2024, en créant le Nouveau Front populaire). La troisième (Blast) parle de la situation tendue à Lyon et dresse les portraits de Quentin Deranque et surtout d’Alice Cordier (du Collectif Némésis) beaucoup vue dans les médias télévisuels. Elle présente aussi les réseaux qui soutiennent cette dernière.
Ici enfin, une analyse dans un article de magazine (Télérama)sur le thème de l’antifascisme repeint en nouveau fascisme et les rouages de la fabrication médiatico-politique d’un martyr. Une inversion des valeurs qui ramène à « la novlangue » qu’avait inventée Orwell. Une tribune intitulée « Affirmer notre antifascisme : le devoir du moment » a été publiée dans le journal l’Humanité le 16 février.
Pour terminer en musique comme d’habitude, en travaillant au tri des images, nous n’avons rien écouté de nouveau qui nous a paru bien stimulant ces temps-ci. Mais nous avons aimé réécouter les morceaux que jouait Jeff Buckley dans un café new-yorkais (le sin-é) au début des années 90. Ici son premier et unique album : Grace. Nous avons eu l’idée de nous replonger dans la trop brève discographie de ce génie tourmenté, en apprenant qu’un documentaire d’Amy Berg, It’s Never Over, Jeff Buckley, qui lui était consacré était sorti récemment. On a lu qu’il était très bon, c’est sûr qu’on le regarderait avec plaisir.
Une bonne quinzaine à vous,
Hélène et Thomas
PS : Dans la série ‘On essaye de comprendre notre époque’, voici deux entretiens vidéo, ici et là, avec Raphaël Liogier (sociologue et philosophe, professeur des universités à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence) sur l’industrialisation du mensonge dans nos sociétés.
– Dans une interview vidéo, il y a aussi le regard de Monique Pinçon-Charlot sur l’affaire Epstein dont nous parlions dans le post précédent. Cette sociologue et son mari (anciens directeurs de recherche au CNRS et membres du laboratoire « Cultures et Sociétés Urbaines ») ont étudié, depuis plusieurs décennies, les mécanismes de domination sociale exercés par les plus riches.
– Une courte émission de radio nous explique comment des Africains se retrouvent enrôlés dans les rangs de l’armée russe en Ukraine.
– La situation politique au Venezuela après l’enlèvement de Maduro par les États-Unis de Trump le 3 janvier.
– Une émission radio revient sur la fonte du pergélisol qui donne une teinte orangée aux rivières en Arctique, nouveau signe alarmant du changement climatique.
– Une émission de radio avec Jean-Noël Aubertot (agronome et directeur de recherche à l’INRAE dans le laboratoire AGIR à Toulouse) qui revient sur le Projet Rés0Pes intitulé : « une agriculture sans pesticide est techniquement possible et économiquement viable ».
– Eli Reed et l’agence Magnum rendent un bel hommage au photographe Gordon Parks, ici.