– Passage d’un camion chargé de bois et animaux à l’ombre près des abreuvoirs. Dans les pâturages de Lonjsko Polje, « l’une des plus vastes plaines inondables préservées d’Europe », nous a-t-on dit. Non loin de Čigoč, à Mužilovčica. Lonjsko Polje. Croatie – 31 Août 2026.
– Un nid de cigogne sur le toit de cette maison traditionnelle croate dans Čigoč, déclaré « premier village européen des cigognes » avec sa colonie de 200 oiseaux. Malheureusement nous apprend notre hôte du soir, « elles viennent juste de partir, il y a une dizaine de jours, pour leur migration d’hiver, vers le sud, l’Afrique ». Čigoč. Lonjsko Polje. Croatie – 30 Août 2026.
Bok (Salut),
Notre stratégie (des plus basiques on en convient) de monter en altitude pour échapper un temps à la chaleur a très bien fonctionné.
Les quelques jours passés dans les contreforts alpins slovènes nous a permis, en plus de démarrer un nouveau reportage, de respirer un peu après les chaleurs caniculaires que nous avons connues en Italie (cf post précédent).
Notre première nuit dans ce petit pays européen (en forme de poule sur une carte nous ont fait remarquer plusieurs de nos hôtes) vaut la peine d’être racontée.
Comme c’était celle du 14 au 15 août et que nous avions un post à mettre en forme (pour que vous le trouviez comme d’habitude le 15 au matin), on s’est dit qu’on pourrait tester un camping slovène pour l’occasion.
Peut-être pourrions-nous ainsi travailler avec plus de confort que dans notre tente, comme par exemple dans un local alloué aux campeurs comme il en existe parfois (on peut rêver !) ou du moins sur la terrasse d’un bar.
Pour cela, nous nous sommes déroutés d’environ 10 bornes et c’est plutôt confiants que nous nous sommes présentés, vers les 19 heures, à l’accueil d’un camping de taille assez importante. Ils ne pouvaient pas y pratiquer les mêmes prix qu’en Italie. Le plus extravagant fut celui de Barricata, à 97 euros pour 2 personnes, tout près d’une des embouchures du Pô.
Ce soir-là, près de Kranjska Gora, si nous n’avons pas atteint ces sommets, la note était salée (même divisée par 2) pour avoir la permission d’ouvrir notre petite toile de tente sur la grande parcelle (bien occupée) réservée aux cyclotouristes et prendre une douche tiède-froide, étant donné la chaleur ambiante.
Quand gentiment nous l’avons fait remarquer à la réceptionniste, elle a facilement admis que c’était plutôt « crazy » comme prix. Mais elle fut tout de même étonnée que l’on ne donne pas suite car : « You know, all the camping are pretty full in this moment and the price are quite the same or more everywhere ».
Ce dont nous n’avons pas douté, vu le nombre de touristes et de cyclos que nous avions croisés toute la journée sur une piste cyclable qui s’apparentait plus du coup à une autoroute pour vélos (musculaires mais beaucoup électriques) qu’autre chose.
Jamais nous n’en avions vu autant, des cyclistes allemands, autrichiens, suisses, scandinaves, italiens, français, etc. Ce qui au demeurant est une très bonne chose mais qui n’est pas sans poser des problèmes comme ici, voyons-nous, avec une propension à l’augmentation des tarifs et des autochtones souvent blasés.
De notre point de vue le cyclo-tourisme est une activité pour tous et doit le rester. Comment une famille modeste de 4 personnes peut-elle envisager de séjourner dans des campings à des prix aussi élevés ? Comment aussi des cyclos baroudeurs au long cours (il y a des gens qui partent autour du monde pour au moins une décennie) pourraient être en mesure de s’acquitter de tels tarifs ? Comment des gens qui viennent de pays où les salaires sont moins élevés qu’en Europe par exemple peuvent-ils supporter ces prix ?
À notre humble avis, vu l’évolution des campings que nous avons constaté depuis notre début du tour d’Europe par rapport à ce que nous connaissions par le passé, créer une sorte de réseau de camping « Bike friendly » proposant des tarifs allant de 5 à 10 euros par cycliste serait bienvenu ! Mais peut-être que ça existe déjà en germe ?
Voilà, c’en est fini avec cette séquence « 50 Millions de Consommateurs » ! (pour les lecteurs étrangers, c’est un magazine très connu en France qui défend les droits des usagers).
Maintenant, reprenons le récit de notre première soirée en Slovénie.
Donc, après avoir quitté la dame à l’accueil du camping, nous nous sommes illico presto mis à la recherche d’un hôte. Les quatre premières demandes ont toutes échoués.
Les personnes trouvées dans leurs jardins ont évoqués spontanément la même raison : « la peur de la police », ce qui nous a estomaqués. Elles nous ont expliqué qu’étant dans un parc naturel il était interdit de camper, que les patrouilles étaient incessantes et que les amendes étaient très sévères (500 euros) si on se faisait prendre.
On a essayé de leur dire que cela ne pouvait pas arriver sur un terrain privé avec la permission du propriétaire mais ce fut en vain.
À la cinquième reprise alors que nous parlions à une dame très fuyante, sa voisine Tatiana qui cueillait des haricots s’est manifestée. Il lui restait des mots de français appris il y a longtemps. Son mari Antonio a commencé à parler de la police mais la voisine Elenka (venue à la rescousse) a plié le match en quelque sorte avec un argument massue : « Vous êtes chez vous, vous faites ce que voulez sur votre terrain et si jamais ils venaient je dirais que c’est ma tente ».
Elle nous a proposé aussi (après que nous ayons fini de manger avec les charmants Tatiana et Antonio) de venir prendre la douche chez elle car elle dispose de plus de place, de faire tourner sa machine à laver le linge et même de faire notre atelier d’écriture dans son salon en buvant du jus de fruits et en dégustant du chocolat à l’orange !
Nous nous sommes couchés à minuit passé, un peu lessivés mais contents de la tournure de la soirée ainsi que d’avoir pu « délivrer » une fois de plus un nouveau post dans les temps (le premier et le 15 de chaque mois).
Par la suite notre semaine en Slovénie s’est très bien passée. Nous avons suivi le cours de la rivière Sava et fait de « belles rencontres » comme on dit. Merci encore à la touchante Ana avec Simon et Damian, Vesna et son fils Beno, les très sympathiques couples Saša et Dušan, Jasmin et Nina, Monika et Uroš, Cveto et Elena, Matei et Vesna, Andrei et Lidija avec Jaka et Žana de nous avoir accueillis aussi chaleureusement.
Pour notre première nuit en Croatie, à Zagreb ce fut la même histoire qu’en Slovénie. Passage au camping, prix exhorbitant, solution de repli dans une famille adorable.
Ensuite ça a été bivouac chez des hôtes sympathiques le long de la rivière Sava.
Merci à Zoran et Josefina, Josef et Jasna, Maria et Dario, Jean et Claire, Vlado et Jasna avec Vlatka, Danijel et Marina, Max et sa sœur Ivanka.
À Zagreb toujours, Toto a acheté de la pommade anti-inflammatoire (Voltarène) et des vitamines Q10 pour faire passer une contracture à la jambe droite (ischio-jambiers) qu’il traîne depuis un moment et un boîtier d’appareil photo (car le nôtre acheté en Allemagne l’an dernier et toujours sous garantie a sûrement rendu l’âme).
Pour cela il a fallu qu’on revienne en arrière, ce qui bien entendu ne nous a pas enchantés. Merci à Jean, Claire, Dario, Maria et leurs enfants pour leur soutien logistique à ce moment-là.
Comme il y avait peu de choix et que tout était cher, on a dû se rabattre sur du matériel de moins bonne fabrication : un boîtier Fuji X30 au lieu d’un XT2. Il nous permettra cependant de pouvoir monter les objectifs, eux de qualité, achetés cet hiver. Bref, de quoi continuer notre voyage photographique dans les Balkans en mode dégradé certes mais, comme on dit, mieux vaut ça que rien.
Maintenant, nous nous rapprochons de la frontière serbo-croate. Le cap est Belgrade, capitale de la Serbie où se trouve l’embouchure de la Save dans le Danube.
On nous a dit que c’est une ville assez chère alors il y a de grandes chances que l’on ne passe pas par la case camping cette fois, d’autant que nous sommes plutôt très bien accueillis depuis que nous avons passé la frontière slovano-croate.
Peut-être aussi, si l’application WS remarche (elle était en maintenance suite à une attaque) nous ferons appel à la communauté de cyclistes, surtout si des orages sont annoncés. Pour l’instant, on a toujours réussi à passer au travers. Que cela dure !
Ah, hier le compteur du vélo a affiché 3 000 kilomètres depuis notre départ le 19 juin. Il en reste à peu près autant pour arriver à Antalya, en Turquie. À suivre donc…
Une bonne quinzaine à vous !
Jelena i Tomislav
PS : Une émission radiophonique avec notamment l’historien des sciences Jean-Baptiste Fressoz qui revient sur l’été caniculaire et « la prise de conscience » actuelle des enjeux climatique.