Au fronton de cet édifice de la Bonifica : « Le Consortium de mise en valeur des terres de l’Agro Montovano Reggiano ». Sermide et Felonica. Province de Mantoue. Région Lombardie. Plaine du Pô (Pianura Padana). Italie – 27 Juillet 2026.
Salve,
Premier août et toujours en Italie !
Vous n’avez même pas dépassé Venise ! Mama mia ! Ragazzi (les gars) c’est pas gagné pour être en novembre à la COP 31 d’Antalya ! La Turquie, c’est pas la porte à côté…
Voila peut-être ce que vous avez pensé en découvrant le titre de ce nouveau post.
Comment expliquer ce retard certain dans nos prévisions ?
Primo :
Le pays. Tant de choses à voir ici. Au niveau culturel bien sûr et puis sur le plan de l’agriculture et de l’énergie (que nous documentons depuis nos débuts dans la photographie ou presque).
Secundo :
Notre sujet d’étude si on peut dire.
Le bassin du Pô se révèle être très intéressant. Il souffre comme en 2022 d’une grande sécheresse et on trouve beaucoup de musées consacrés au fleuve et son histoire sur notre chemin.
Ici, vous trouverez le travail du photographe italien Alessandro Penso paru dans la presse (le magazine L’Espresso) en 2022. Cela peut vous donner une idée de la situation que nous rencontrons et des paysages traversés.
Tercio :
Les gens. Chaque fois c’est pareil. Hélène aime parler cette langue et, le soir et au petit dej, les familles sont ravies de converser. Alors le temps file.
Déjà en 2001, lors de notre voyage initiatique à vélo vers l’Inde, ce n’est pas un mois que nous avions mis pour traverser le pays du nord au sud mais 2 ou 3, on se rappelle plus.
De manière générale, on se sent bien chez nos amis transalpins. On a l’impression d’être plus légers, plus libres aussi. Des sensations qui ne se refusent pas par les temps qui courent. Alors sûrement qu’inconsciemment on fait durer un peu plus notre séjour.
Parfois tous ces éléments se combinent pour nous faire faire du surplace, voire même nous faire revenir en arrière. Par exemple : par l’intermédiaire de Fabio, un agent très sympathique de la Bonifica (infrastructure et aussi politique agricole à l’époque de Mussolini visant à agrandir les territoires cultivables en assainissant les marais situés sous le niveau de la mer), nous avons pu rencontrer Elisa. Cette guide passionnée, en plus de nous faire visiter, nous a conseillé beaucoup d’endroits à voir dont la Casa Pontieri à Boretto et le village de Don Camillo et Peppone à Brescello !
Elle nous a aussi mis en relation avec l’adorable Lorenzo qui, lui, ne supportant pas l’idée que l’on soit mal accueillis dans sa ville a tout bonnement annulé (malgré nos vives protestations) une soirée d’opéra lyrique à Vérone. Cela pour nous faire découvrir deux musées ainsi qu’un site d’archéologie industrielle près de chez lui.
Parmi toutes les autres infos fournies par la signora Elisa, il y avait le conseil de voir le Musée de la Seconde Guerre mondiale du fleuve Pô où nous attendaient deux volontaires passionnés, à Felonica. Petit village où l’on a pu déguster la spécialité locale dont elle nous avait parlé : la focaccia aux oignons toute fine appelée Tiròt.
Enfin comme dernier élément d’explication à notre “saut de puce” sur la carte ces deux dernières semaines, il y a bien sûr les fortes chaleurs et l’humidité. Tout le monde le sait, associé à la fatigue cela ne donne pas grand chose de bon.
Heureusement que l’on dort souvent dehors, dans notre nouvelle tente choisie pour sa généreuse moustiquaire. On profite ainsi plus de la relative fraîcheur des nuits et des occasionnels souffles d’air pour récupérer au mieux. Parfois nos hôtes d’un soir nous proposent gentiment une chambre mais généralement on décline poliment. C’est d’une certaine façon un des luxes des voyageurs de notre type.
On évite cependant les campings (plutôt chers en Italie) depuis que Toto s’est “fritté” la nuit avec deux ragazzi qui, plutôt que de dormir dans leur tente assez volumineuse, avaient préféré rapatrier leur gros matelas gonflable dans la malle d’une voiture au format elle aussi hors norme. De cette façon, ils pouvaient profiter de la climatisation du véhicule flambant neuf dont le moteur se déclenchait environ toutes les 10 minutes. Il a été intraitable et plutôt que de leur parler de réchauffement climatique (qu’ils n’auraient pas entendu tant ils étaient particulièrement obtus et récalcitrants), il s’en est tenu à un seul argument : « It’s a camping here, not a parking ! So you stop it immediately ! We can’t rest with the noise and the gaz ! ».
Actuellement, on réfléchit pour l’an prochain ou dans deux ans à réaliser notre projet sur la Magna Graecia (Grande Grèce) plutôt durant les mois d’hiver. L’été, si ce n’est pas impossible de voyager à vélo (la preuve !) ça devient assez désagréable.
Surtout, cela limite les rencontres. En journée, on a parfois un peu l’impression d’être revenus au temps du Covid, celui des confinements et des couvres-feux. Il peut nous arriver de traverser des villages sans voir âme qui vive, ce qui est assez frustrant à la longue.
Sinon, en France, comme en Espagne et ailleurs, les vagues de canicules et de feux font malheureusement rage et l’Angleterre est touchée par une forte sécheresse. Pour bien se rendre compte, ici vous trouverez une carte en temps réel des incendies actifs en Europe. Espérons que durant les prochaines élections, notamment dans l’hexagone, les nombreux enjeux liés au changement climatique et à la biodiversité seront enfin mis sérieusement sur la table et discutés de manière responsable.
Allez, on vous laisse pour aujourd’hui. Nous serons bientôt dans le delta du Pô. Il faut qu’on étudie un peu la route pour les prochains jours : la Vento ou pas la Vento (piste cyclable Venezzia-Torino) ? Il faut aussi qu’on se renseigne sur le meilleur moyen de se rendre à Venise.
Pas sûr que le gondolier “se gondole” de nous voir arriver avec nos bicyclettes chargées !
Une bonne quinzaine à vous,
Elena e Tommaso
PS : – Le jeudi 30 août, les autorités italiennes ont mis à « élevé » le niveau d’alerte sécheresse dans le bassin du Pô. Dans cet article il est fait aussi mention d’autres grands fleuves européens.
– La mort de Raoul Vaneigem que Toto avait aimé lire durant ces études d’infirmier et qu’il rencontra au moment du reportage sur la bataille de l’eau à Sivens.