
Suite à notre arrivée à Douvres, nous avons longé la côte Est jusqu’à Sheringam. C’est la ville la plus proche de Fakenham où le site ERIH (Route Européenne de l’Héritage Industriel), qui nous sert de guide, nous signale la présence du musée du Gaz de Fakenham ; un musée qui était auparavant la seule usine complète de gaz de ville restante en Angleterre.
Avant de l’atteindre, nous passons par Great Yarmouth (l’une des stations balnéaires anglaises les plus prospères). Nous y voyons, entre autres, l’Hippodrome Circus, baptisé « l’une des sept merveilles du bord de mer britannique » ainsi qu’un des pochoirs de l’artiste Banksy.
En 2021, nous étions venus à la COP26 (Conférence mondiale pour lutter contre les changements climatiques) de Glasgow. Et, de retour en 2024, nous interrogeons les gens sur l’érosion côtière dont nous avons entendu parler dans cette région. Ils nous recommandent de voir pour cela les villages de Thorpeness, Hemsby ou Happisburg, dans les comtés du Suffolk et du Norfolk. Nous avions lu que : « Le Royaume-Uni possède l’une des côtes qui s’érode le plus rapidement en Europe. »
Sur place, nous trouvons quelques routes coupées et des maisons au bord de falaises qui s’effondrent à cause des marées hautes et des tempêtes. « À Hemsby, on parle de la perte d’une quarantaine de mètres de zone côtière pour les 30 prochaines années. Et une trentaine de maisons auraient disparues dans la mer depuis 20 ans à Happisburg », lisons-nous.
Le phénomène augmente et s’accélère en raison des orages et des tempêtes de plus en plus nombreux, les systèmes météorologiques mondiaux étant affectés par le changement climatique.
Sur les plages, pour tenter de ralentir le processus d’érosion, nous voyons des barrières de pierres, des digues en béton et les restes de digues en bois. Les autorités ont prévenu qu’elles investiront dans des protections selon « La valeur économique du lieu et la densité de la population ». Sinon la population devra évacuer vers l’intérieur des terres.
En plus de l’érosion, depuis notre arrivée au Royaume-Uni, nous cherchions à documenter les enclosures. C’est un mouvement né dans ce pays et qui consiste à enclore (entourer d’une clôture) des parcelles de terre qui étaient auparavant des champs sans délimitation physique et où l’agriculture se faisait de façon communautaire et coopérative. Sur Wikipedia, nous lisons que : « ce bouleversement économique et juridique est considéré par Karl Marx comme le point de départ du capitalisme ».
Le hasard et la chance ont fait que nos hôtes d’un soir habitaient dans le voisinage d’une historique famille de propriétaires. Dans les locaux d’une organisation caritative, Cotesbach Educational Trust ,où sont précieusement stockées des archives « extraordinaires de l’histoire sociale couvrant près de 600 ans », on nous montrera un document historique qui évoque les Émeutes des Enclosures (Enclosure Riots) de 1607.
Tout récemment, été 2024, d’autres émeutes d’une autre nature ont eu lieu après qu’un drame est survenu à Southport le 29 juillet : un adolescent y a assassiné trois enfants et blessé une dizaine de personnes. Les jours suivants, d’importantes manifestations (d’abord à Southport le lendemain, puis dans tout le pays) ont dégénéré en heurts violents entre manifestants et policiers « suite à de nombreuses rumeurs concernant la nationalité de l’assaillant ».* Lorsque nous sommes passés par Leicester, le 10 août, nous y avons photographié un rassemblement contre les violentes émeutes lancées par l’extrême droite. Cette attaque au couteau a ravivé les débats sur le racisme et le contrôle de l’immigration.
En réponse aux émeutes islamophobes et anti-migrants, Stand Up to Racism (association antiraciste et antifasciste) et Love not Hate (le plus grand mouvement antiraciste et anti-extrémiste du Royaume-Uni) participent à des contre-manifestations.
Un an plus tard, en août 2025, le mouvement Raise the Colours (Lever les couleurs) est lancé : mettre le drapeau de l’Union et la croix de Saint-Georges comme preuves de fierté et de patriotisme. Mais nous lisons dans un article du journal La Croix qu’il « a depuis changé de tonalité et ne cache plus désormais sa proximité avec l’extrême droite, multipliant les mobilisations anti-immigration ».**
Cette galerie parle notamment en creux de la désindustrialisation et de la montée du racisme.