
Voici le quatrième épisode de notre voyage au Royaume-Uni. Nous quittons un temps le centre du pays pour sa côte ouest et le site ERIH (Route Européenne de l’Héritage Industriel) nous sert toujours de guide.
Après la visite à l’ascenseur à bateau d’Anderton, nous verrons la ville maritime de Liverpool, les grandes usines textiles de Manchester, du Lancashire, et du Yorkshire ainsi que deux autres villes-usines ou villages modèles. Nombre de ces lieux, en plus d’être des musées sont des sites classés, dont certains mondialement connus.
Nous apprenons qu’une loi de 1980 (National Heritage Act), a permis d’aider à protéger tout ce patrimoine qui commençait à souffrir de la désindustrialisation depuis les années 1970. Pour certains, une désindustrialisation voulue, « l’ancienne industrie que l’on a dit sacrifiée par les intérêts londoniens sous les gouvernements conservateurs de M. Thatcher et J. Major […] », lisons-nous dans un document intitulé Paysages et territoires du patrimoine industriel au Royaume-Uni.* Avec cette loi, accompagnée de subventions conséquentes, il y avait une volonté d’aider à la reconversion des régions industrielles.
Les musées sont aussi l’occasion de fréquenter de près des lieux historiquement symboliques. À Liverpool dont les docks « dominaient le commerce mondial au début du XIXe siècle », nous trouvons le premier musée sur notre route qui évoque l’esclavage. Le Musée International de l’Esclavage nous expose : « Quand Liverpool était un port d’asservissement majeur et ses navires et ses commerçants dominaient la traite transatlantique des esclaves dans la seconde moitié du XVIIIe siècle ».
La traite négrière était un élément du commerce triangulaire : « capital européen, main-d’œuvre africaine et terres et ressources américaines combinés pour approvisionner un marché européen » qui faisait arriver en Europe des marchandises « telles que le sucre, le café, le tabac, le riz et plus tard le coton, qui avaient été produits par la main-d’œuvre asservie », nous dit le musée.
Ce coton était travaillé par exemple dans les usines du Lancashire : région moteur de l’industrie textile britannique. Sur place, on nous apprend que Gandhi s’y était même rendu en 1931. Alors qu’il venait à Londres pour défendre la cause de son pays, il avait été invité par de grands industriels du textile du Lancashire qui souhaitait l’influencer pour que prenne fin le boycott indien des textiles britanniques qui les impactait.
Dans la série habituelle au pays de « Tout a commencé ici », à Wigan où nous cherchons la bibliothèque fréquentée par George Orwell, un monsieur tout fier nous indique aussi un pub dans lequel serait né le « early british socialism », socialisme britannique précoce, ainsi que la révolution anglaise qui a précédé la française.
Là, nous ne sommes plus très loin de Manchester où nous trouverons deux statues de Friedrich Engels qui y a vécu une vingtaine d’années. Il est l’auteur du Manifeste du Parti communiste avec Karl Marx qui lui avait étudié dans une bibliothèque à Londres.
À Manchester, « l’une des toutes premières villes industrielles », nous dit ERIH, nous étions très intéressés par le Musée de la Science et de l’Industrie que l’on nous avait recommandé de voir ; car il était situé dans la gare la plus ancienne du monde, construite en 1830. Mais cette partie-là du musée était en travaux ; ce qui témoigne de la volonté de conserver toujours ce patrimoine.
Pour finir de façon sportive, il nous semble que c’est pour atteindre Sheffield, la ville d’acier que nous avons vraiment dû grimper pour la première fois. Dans le parc national du Peak District, la côte vers Stanage-North Lees nous a bien déstabilisés tellement nous nous étions habitués aux routes majoritairement planes ou juste vallonnées.
*https://journals.openedition.org/rge/1165
Le passionnant document de Open Edition Journals (Portail de ressources électroniques en sciences humaines et sociales), datant de 2008 et intitulé : « Paysages et territoires du patrimoine industriel au Royaume-Uni », nous parle du rapport du pays avec son patrimoine industriel.
Référence électronique : Simon Edelblutte, « Paysages et territoires du patrimoine industriel au Royaume-Uni », Revue Géographique de l’Est [En ligne], vol. 48 / 1-2 | 2008, mis en ligne le 08 octobre 2011, consulté le 27 février 2026. URL : http://journals.openedition.org/rge/1165 ; DOI : https://doi.org/10.4000/rge.1165