Parade avec les bannières de mineurs pour le « Seaham Miners Day (Journée des Mineurs de Seaham) », lors de la 40e Année de la Commémoration de la grande Grève des Mineurs de 1984-1985. Seaham. Angleterre. Royaume-Uni – 28 Septembre 2024.
Bonjour,
Cette quinzaine, nous vous proposons l’avant-dernière partie de notre reportage sur la Première Révolution Industrielle qui a commencé au Royaume-Uni au mitan du XVIIIe siècle. Ce sont des photographies réalisées de York à Glasgow, et même au-delà puisque cette galerie se termine au moment où nous embarquons sur un ferry pour l’Irlande du Nord.
Vous trouverez encore beaucoup de photos de musées, comme le très recommandé « Beamish, Musée Vivant du Nord » près de Newcastle-upon-Tyne ou l’historique manufacture de coton de New Lanark. Il y a aussi d’autres lieux emblématiques de cette histoire qui ont survécu, parfois en restant dans « leur jus », parfois en s’adaptant à notre époque par le biais de nouveaux usages. Et puis, tout comme dans les parties précédentes, il est à nouveau question de mines et de mineurs, d’impérialisme, de colonialisme et d’esclavage. La nouvelle galerie est à voir ici.
Une fois de plus, en visionnant ces images, nous reviennent les impressions que nous avons eues en documentant ces lieux 5 mois durant. L’ami Jim, que l’on ne présente plus, a résumé ces impressions à merveille avec sa réaction au précédent reportage : « Étrange que ces lieux qui ont changé la face du monde apparaissent aujourd’hui si pittoresques et oubliés ».
L’actualité internationale n’est toujours pas des plus réjouissantes. Nos pensées vont en priorité aux sociétés civiles iraniennes et libanaises et à toutes les personnes du Moyen-Orient qui peuvent se prendre un missile ou un drone sur la tête à tout moment. On pense avoir déjà raconté dans ce blog qu’en 2001, sur notre route en direction de l’Inde (lors de notre de premier périple à vélo), nous avions fait une halte d’un mois à Beyrouth avec une incursion d’une semaine dans le sud presque jusqu’à la frontière avec l’État d’Israël. Nous avions pu mesurer les difficultés de la vie auxquelles faisaient face une bonne partie de la population. Alors on ne va pas s’étendre sur le sujet, si ce n’est pour dire qu’on compatit.
Ici, vous trouverez une série d’émissions éclairantes sur la situation en Iran, dont voici l’introduction : « Entre nouvel interventionnisme, atteintes à la souveraineté des peuples, réaffirmation de l’ordre nucléaire mondial et du primat de la violence, que révèle la guerre au Moyen-Orient des grandes dynamiques structurantes de l’ordre mondial actuel ? ».
Au niveau national, demain (dimanche 15 mars) aura lieu le premier tour des élections municipales, dont la campagne a été bien éclipsée par l’opération militaireisraélo-américaine baptisée Epic Fury. On regardera cela avec attention, notamment à Marseille. Pour les amis étrangers francophones qui aiment suivre l’actualité hexagonale, deux éditos politiques (ici et là) sur les enjeux et pour la droite et pour la gauche.
Côté musique, cette fois-ci, le choix a été vite fait. La sortie d’un EP de 3 titres de Cat Power (alias Chan Marshall), pour fêter dignement les 20 ans de son fameux album The Greatest, nous a fait replonger dans le passé. C’était l’époque où nous venions d’emménager à Montauban. Après plusieurs tentatives infructueuses, nous avions mis sur pause notre projet de créer ou de reprendre une librairie et Toto voulait essayer de se lancer dans une « carrière » de photographe.
Un très bon ami, qui travaillait dans un magasin photo à Toulouse, nous avait permis d’acheter à un prix bien inférieur (car c’était celui de démonstration) le boîtier neuf d’un Leica M7 (un « must » à ce moment-là). Mais il nous manquait un objectif à adapter dessus ; ce qui n’a pas du tout empêché Toto de se balader en ville, les jours suivants, avec sa nouvelle acquisition pour s’amuser à faire des photos disons, virtuelles. Il se rappelle qu’une fois, alors qu’il s’amusait à cadrer dans le viseur une maison près du parc avec un joli petit jardin sur le devant, le propriétaire était sorti sur le perron. Il s’était grandement énervé en invoquant son « droit à l’image » bien que Toto ait patiemment tenté de lui expliquer que sans objectif sur l’appareil, pas de photo possible.
Puis un matin, un colis arriva de Chicago, avec à l’intérieur un très gentil mot manuscrit au dos d’une photo (faite au bord du lac Michigan) accompagnant un objectif 50 mm Summilux (le nec plus ultra). C’était Peter, vendeur particulier sur Ebay de ce précieux « caillou » d’occasion, qui nous souhaitait d’en faire un bon usage. Nous est resté en mémoire qu’au moment où nous avions avec enthousiasme déballé le colis, notre chaîne Hifi jouait justement à fond le morceau titre de l’album de Cat Power, celui qui lui a permis de rencontrer un plus large public.
Ensuite, nous avions foncé (aussi vite que notre GS Citroën de 1973, héritée de la grand-mère, le permettait) au magasin de l’ami pour lui faire valider notre premier objectif et acheter du matériel en vue de révéler nous-mêmes les pellicules, en suivant précisément ses consignes dûment notées. Le tout sera étrenné quelques jours plus tard (sous les lacrymos et les jets d’œufs) en allant photographier les manifestations dans les rues toulousaines et les assemblées des étudiants à la Faculté du Mirail qui luttaient contre l’instauration du CPE (Contrat Première Embauche) sous Jacques Chirac et le gouvernement de Dominique de Villepin. Encore des images qui attendent d’être scannées et mises en ligne.
Avec le recul, nous ne regrettons pas ce choix (fait il y a tout juste 20 ans donc) de devenir photographe malgré les difficultés (foutues tendinites) et l’insuccès quasi constant que nous avons rencontré par la suite. La chanson de Cat Power aux multiples interprétations possibles parle principalement selon nous de nobles ambitions, de doutes et de vulnérabilité. Elle « encapsule » très bien une série d’émotions qui sûrement nous ont tous traversés. « Once I wanted to be the greatest / No wind or waterfall could stall me / And then came the rush of the flood / Stars at night turned deep to dust /… »
Depuis, nous avons vécu des aventures et des moments forts avec beaucoup de personnes en France et à l’étranger qui ont continué d’aiguiser notre curiosité et nourrir notre réflexion. Il nous semble ne pas avoir trop démérité même si ce n’est pas à nous d’en juger. On a parfois des retours de gens qui nous remercient d’avoir « immortalisé » des moments de vie et laissé des traces d’histoires importantes pour eux, ce qui nous ravit bien évidemment.
En revanche, nous pouvons dire que nous sommes plutôt satisfaits du travail mené outre-Manche que nous vous présentons depuis 3 mois. Bien qu’il ne soit pas des plus adaptés au regard des standards de l’époque, du fait de sa longueur et de son sujet, on pense qu’il donne une sorte de profondeur historique ou du relief à tout ce que nous avons essayé de faire depuis le début. Travail qui à notre avis nous ancre bien dans une tradition documentaire de notre médium bien fragilisé de nos jours, paradoxalement par la profusion d’images qui sont faites quotidiennement et peut-être, à terme, grandement menacé par l’IA générative. Cette série de reportages peut constituer une bonne base, une assise et peut-être même un tremplin pour la suite de nos recherches dans les années qui viennent.
Salutations à toutes les personnes qui ont croisé notre route ces 20 dernières années. Spéciale dédicace à « Coach Francis » (l’ami du magasin photo) qui non seulement a guidé nos premiers pas photographiques, mais nous a aidés durant plus d’une décennie à trier et organiser les images de nos premières galeries. Remerciements, plus largement, à toutes celles et ceux qui d’une façon ou d’une autre nous ont donné la main.
Allez, on arrête là ! Les anniversaires et les bilans, ça énerve Toto. Voyons maintenant ce que nous apporteront les 20 prochaines années de ce voyage cyclo-photographique spatio-temporel ! Si on dure (et on endure !) jusque-là et si l’envie et l’énergie pour partager est toujours présente.
Ici, vous trouverez l’album complet The Greatest de Cat Power et là, dans un show TV une superbe prestation avec son groupe d’alors. Enfin, ici et là, deux albums qui viennent de sortir, réalisés par d’autres excellents auteurs-compositeurs interprètes nord-américains, de la même génération que Cat Power, eux aussi accompagnés par de très bons musiciens. On veut parler de Bill Calahan et Will Oldham, alias Bonny prince Billy.
Une bonne quinzaine à vous,
Hélène et Thomas
PS : – Parmi les émissions que nous avons écoutées ces derniers jours tout en triant les photos rhénanes, nous reste en mémoire une interview vidéo agréable à écouter avec Jean-Pierre Perrin qui a écrit un livre (La chambre d’Orwell, éditions Plomb, 1925) sur la vie de George Orwell lorsqu’il était sur l’île de Jura où il a écrit le roman prophétique 1984 (voir post précédent).
– La réaction épidermique et documentée de Clément Viktorovitch en lien avec les propos tenus par Jean-Luc Mélenchon à Lyon sur Epstein (voir avant-dernier post).
– Une analyse sémiologique brillante (où il est encore question d’Orwell !), sur le site de l’agence Magnum, autour de quelques images faites dans les années 60 aux USA par le célèbre photographe suisse René Burri.
– Dans la série « Essayons de comprendre notre époque », deux interviews vidéo avec la chercheuse Asma Mhalla (docteure en science politique, politologue et essayiste, spécialiste de Géopolitique des BigTech et de l’intelligence artificielle) qui vient de sortir un livre intitulé Cyberpunk – Le nouveau système totalitaire aux éditions du Seuil. La première interview est plus légère que la seconde.
– Un peu sur le même thème, une émission radio de France Culture où il est question d’IA, de Schumpeter et de destruction créatrice, d’obsolescence de l’homme avec Ghünter Anders, etc.
– Et pour terminer, la chronique de l’économiste Thomas Piketty sur l’actuelle guerre en Iran, la politique des USA et la réaction que devrait avoir l’Europe.