– La mouette et le lion sur la Place Saint-Marc de Venise. Région Vénétie. Italie – 9 Août 2026.
– Lac Zelenci, lieu de naissance de la rivière Sava Dolinka, un des bras de la Save. Commune de Kranjska Gora. Slovénie – 14 Août 2026.
Dober dan,
Nous voici enfin dans les Alpes juliennes slovènes. « Enfin » à double titre : du fait du retard pris en Italie (cf post précédent) et des conditions climatiques très dures que nous avons rencontrées ces dernières semaines. Et tout spécialement dans le delta du Pô où nous nous sommes attachés à documenter différentes embouchures du fleuve dans la mer Adriatique (celles de Goro, de Tolle et de Venezzia-Pila).
« Fa tropo caldo (il fait trop chaud) » était le leitmotiv de beaucoup de gens avec qui nous avons échangé. « Cette année est pire que toutes les autres » (Quest’anno è peggiore di tutti gli altri anni), ajoutaient-ils souvent.
Pour nous, ce n’est pas à proprement parler les températures élevées jour et nuit qui nous dérangeaient mais plutôt un niveau d’humidité presque similaire à celui déjà rencontré à Maracaibo (Venezuela) ou à Douala (Cameroun).
On n’oublie pas l’armée de moustiques (zanzare) de toutes sortes (petits, tigres ou minuscules) prête à nous dévorer même bien avant la tombée du jour. La pénurie de fontaines publiques dans beaucoup de villages traversés était regrettable ainsi que le fait qu’en Italie (où du moins là où nous sommes passés) les cimetières ne sont pas souvent alimentés par de l’eau potable (ce qui au demeurant nous paraît être une bonne chose en soit).
Bref des conditions optimales pour tester son self control. Verdict : on n’a pas réussi à rivaliser en toutes circonstances avec le flegme d’un Lord britannique (parfois observé lors de notre périple au Royaume-Uni) mais on s’est pas trop mal débrouillés quand même. D’autant plus que dans l’ensemble, les gens dans cette zone ne se sont pas tous révélés aussi liants qu’au début du voyage en Italie. Il nous fallait souvent demander plusieurs fois une permission pour notre tente et un peu d’eau. Encore Merci à ceux qui nous l’ont accordé.
Il n’est pas exagéré de dire que l’on a pris sur nous. Surtout en début de soirée, une fois la tente montée, quand il fallait se déloquer et se doucher avec nos bidons d’eau tout en sachant, qu’une fois sous la toile il ne faudrait pas moins de 5 minutes pour qu’on soit à nouveau en nage. « Siete bravi » nous a-t-on souvent dit.
– La photo du célèbre lion de la Place Saint-Marc qui marque la fin de notre reportage sur le Pô n’aurait jamais pu exister sans l’aide d’une adorable famille rencontrée après Roncade (plus proche de Trévise que de Venise), alors que nous avions renoncé à nous rendre à la « Cité des Doges ». Trop chaud on l’a dit, trop de monde en août nous dit-on et surtout trop cher.
Comme il est interdit de se balader à Venise à vélo même en le tenant à la main, cela signifiait à minima deux nuit dans un des campings de Chioggia ou des alentours (qui pratiquent des prix vraiment abusifs), en plus des vaporetto et autres taxes. Après quelques calculs rapides, on a vu qu’en gros nous allions dépenser presque autant pour s’y rendre qu’habituellement en 15 jours de voyage. N’était-ce pas un peu ridicule ?
Au petit déjeuner donc, nous parlons avec nos hôtes de notre future route vers la Slovénie et la conversation dévie sur notre petite déception de n’avoir pas pu clôturer notre sujet sur le Pô par une photo de Venise.
Lorenzo, notre parfait guide de Boretto nous avait montré la statue du lion devant la Basilique Mineure de San Marco à Boretto en nous expliquant que c’était un cadeau de la ville de Venise. Et nous avions pensé faire un dyptique avec le lion de la Place Saint-Marc.
Simone et Alessandra nous proposent de nous amener à la gare prendre un train pour Venise tout de suite après le petit déjeuner. Les vélos et les bagages restent là, ils nous prendront les tickets, plus besoin de vaporetto (puisque le train arrive dans la ville) et ils reviendront nous chercher le soir à la gare.
Nous sommes abasourdis. Nous avons roulé quand même depuis Venise, pour nous c’est loin et en arrière. « Ma niente ! Il y a des trains directs et même des rapides tout le temps, le trajet dure moins d’une heure ! ». Nous demandons un temps de réflexion. Un œil sur internet nous rassure que les prix des tickets ne sont pas exhorbitants, ouf !
Nous rejoignons Alessandra qui est en train de nettoyer la petite piscine des enfants et lui annonçons que nous acceptons leur proposition. Enthousiaste, elle jette son outil en poussant un cri de joie.
Sur place, en plus bien sûr de faire la photo du lion, nous demanderons un peu partout (offices du tourisme, musées, vieux bouquinistes) ce que nous pourrions photographier ici qui ferait référence au Pô et à son parcours dévié par les Vénitiens (pour protéger la ville) mais sans véritable succès. Ce qui a fait dire à une responsable de l’office de tourisme que la beauté de la recherche est de parfois ne rien trouver !
La soirée nous la passerons en compagnie des parents de notre bienfaitrice, Silvano et Tiziana, à une fête de la bière organisée par un groupement d’associations et nous y goûterons plusieurs petits vins. Faut dire qu’ici, la Vénitie, c’est la région du Prosecco.
– La photo, de la source de la Save, annonce, elle, le début d’un autre périple. Cette rivière qui naît en Slovénie et traverse ensuite la Croatie, la Bosnie-Herzégovine et la Serbie marque la frontière nord de la péninsule balkanique.
Premier affluent du Danube, elle se jette dans le grand fleuve européen à Belgrade et comme lui, elle souffre énormément de la sécheresse de l’été 2026 (lire ici).
On pense la suivre dans sa totalité pour ensuite rouler à nouveau vers l’Adriatique et rejoindre en Albanie l’embouchure d’un autre fleuve, la Vjosa considéré comme étant le dernier fleuve sauvage d’Europe. Tout un contraste avec le Pô donc ! Il est prévu de le remonter jusqu’à sa source dans les montagnes grecques de la région de l’Épire.
Allez, comme souvent dans nos post hivernaux, on va vous laisser en musique. Et pas n’importe laquelle. Celle très rare d’un génie d’outre-Manche, Vini Reilly, le guitariste et fondateur du mythique groupe The Durutti Column (du nom des combattants anarchistes de la guerre d’Espagne) qui nous a fait récemment le plaisir de sortir un nouveau disque, « Renascent », après 15 ans de silence. Évidemment, il est merveilleux. Vous pouvez l’écouter ici.
Toto se rappelle que durant son voyage/reportage de 7 mois en Afrique de l’Ouest (en 2010) pour documenter entre autres l’agriculture vivrière (voir les reportages ici), il écoutait souvent les précédents opus du mancunien. Il se demande si, paradoxalement, cette musique n’est pas idéale quand la chaleur et la lumière sont écrasantes.
Une bonne quinzaine à vous !
Helena in Tomaž